Les grandes manœuvres de Tshisekedi irritent les généraux.Ne disposant d’aucune assise chez les officiers congolais, le président Félix Tshisekedi tente d’imposer sa marque sur l’état-major. Non sans heurts.
Depuis sa nomination, le 17 juillet, à la tête de la « Maison militaire » de la présidence congolaise, le général Franck Ntumba multiplie les initiatives pour assurer à la présidence les fidélités qui lui manquent au sein de l’armée. A l’inverse de son prédécesseur et allié politique Joseph Kabila, Félix Tshisekedi et son mouvement Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ne disposaient que de très peu de relais chez les militaires avant son élection. Depuis son accession à la présidence, l’état-major campe sur une position, sinon hostile, du moins attentiste.
Des Gardiens de la paix de l’UDPS dans l’armée
Originaire de la province du Kasaï, bastion de l’UDPS et région d’origine des Tshisekedi, Franck Ntumba a pour mission de faire évoluer les équilibres politiques, tant au sein de la troupe que de l’état-major. Dans ce but, il a pris plusieurs initiatives qui font grincer les dents chez les hauts gradés.
La première est l’intégration, au sein de l’armée, des 3 000 membres des « Gardiens de la paix » de l’UDPS, une formation souvent présentée comme appartement à la branche jeunesse du parti mais qui s’apparente plus à un service d’ordre de choc. L’intégration de ces militants dans la troupe, qui a commencé dès la mi-juillet et se poursuit à l’heure actuelle, est très mal vécue par certains généraux. Ils soupçonnent des membres de cette formation d’être issus des milices dites « Kamwina Nsapu », des groupes défendant les structures de gouvernement coutumier mises à mal par une loi de 2015, et qui se sont violemment opposées à l’armée congolaise en 2016 autour de la ville de Dibaya. Jean-Prince Mpandi, l’un des chefs des Kamwina Nsapu, a toujours été soupçonné par les services de Joseph Kabila d’être lié à l’UDPS.
Autre initiative de Franck Ntumba qui passe mal chez les généraux
Dès sa nomination, le nouveau conseiller militaire de Félix Tshisekedi a gelé le tableau d’avancement des officiers supérieurs et fait monter des gradés issus du Kasaï, plus susceptibles d’être fidèles au président. Il s’est également entouré de proches qui travaillaient, comme lui, à la direction des opérations du renseignement militaire, l’ex-Détection militaire des activités anti-patrie (Demiap), sur laquelle le chef de la Maison militaire a désormais autorité. En RDC, le renseignement militaire est un corps particulièrement puissant qui gère la situation militaire et diplomatique dans tout l’est du pays, en proie à d’incessantes guérillas menées par une myriade de groupes combattants aux contours et aux revendications flous.
Africa Intelligence.